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Ethan Delgado : la photographie de rue


Piano Man - https://www.instagram.com/p/B8Eb8k1lCtL/


Nous avions rencontré Ethan Delgado lors de son séjour à Bruxelles l’année passée. Il avait proposé à l’UEJB de photographier l’un des événements phares de notre année 2019, la venue au Janson de Yehuda Guttmann, témoin de la Shoah. L’envie nous est venue prendre notre téléphone afin de prendre de ses nouvelles et, par la même occasion, de vous faire connaître ce magnifique photographe et, qui sait, de vous donner l’envie de connaître son travail.


Bonjour Ethan, peux-tu te présenter ?


Mon nom est Ethan Delgado, je suis étudiant à l’université de Leicester. Cela fait deux ou trois ans que je suis photographe. C’est quelque chose qui m’a toujours intéressé et j’ai donc pu véritablement approfondir mes connaissances lors d’un voyage d’une année qui m’a mené à Bogota et à Bruxelles. C’est au cours de ce séjour à Bruxelles, qui a duré six mois, que j’ai fait la connaissance de cette magnifique organisation qu’est l’UEJB.


Où as-tu appris la photo et comment t’es venue cette passion ?


Mon université m’a donné l’occasion de partir une année à l’étranger et j’ai choisi Bogota et Bruxelles. À l’origine, je devais aller à Genève mais j’ai changé pour votre capitale qui me semblait plus sympa. À Bogota, j’ai commencé à découvrir le monde de la photographie grâce à certains modules de mon université. Cela m’a donné l’occasion de débuter quelques projets. Cette ville était vraiment un endroit parfait pour cela et ça m’a permis de développer ma passion pour la photo.


Tes photos sont pratiquement toutes en extérieur, dans les villes, dans les rues. Pourquoi ce choix-là ?


Ce que je cherche c’est capturer l’élément humain dans le monde urbain. J’adore trouver des personnages, des portraits à prendre et les mêler à l’architecture des villes. En définitive, j’essaye de capturer une passion, une émotion sur une personne qui pourra être saisie par ceux qui verront la photo. J’aime essayer de produire cet effet en recherchant le mouvement des individus dans l’urbain.

Par exemple, à Bogota je photographiais des manifestations. Dans cette ville tout est particulièrement expressif et les manifestations étudiantes le montraient avec éloquence. Ce qui ressort c’est l’humain et l’émotion. C’est ce que je recherche dans la photo.



Manifestation étudiante à Bogota - https://www.instagram.com/p/Bo7cqjqHUH5/


Tu parles de photographier l’humain dans le monde urbain. Ça donne un aspect engagé à tes photos. Est-ce que c’est volontaire ?


L’aspect engagé dépend essentiellement de l’endroit mais j’ai le sentiment qu’il y a toujours une sorte d’égalité sociale derrière l’appareil. C’est-à-dire que si je photographie une personne riche, bien habillée, en costume et qui est déprimée et que je photographie une personne pauvre, sans domicile qui est très joyeuse, cela peut amener au même niveau par l’entremise de l'appareil. Quand je suis arrivé à Bogota, l’inégalité sociale m’a directement frappé. Malgré cela, les murs étaient magnifiques. Il s’agissait d’artistes de rue qui exprimaient leurs revendications via la peinture et le graffiti. Capturer ces explosions de couleurs fut l’un de mes projets à Bogota. Il est d’ailleurs présent sur mon site.



Artistes de rue à Bogota - https://www.instagram.com/p/Bor10G8HjN_/


J’ai récemment entendu quelqu’un faire une différence entre faire et prendre des photos. C’est une distinction qui te parle ? Où te situerais-tu ?


C’est un grand débat dans le monde de la photo. Cette idée d’utiliser, prendre et faire. Pour moi prendre une photo, c’est le style classique. C’est-à-dire prendre une multitude de clichés et trouver le plus percutant, le plus efficace. Selon moi, faire une photo suppose l'organisation et la transformation de l’image. Cela suppose une retouche et un environnement contrôlé. Personnellement, je penche vers la réalité. Je fais confiance à l’authenticité d’une situation et je tente de capturer un moment de la réalité. J’injecte ma vision et un peu d'art pour ensuite le présenter. Je peux rajouter une tonne d’artifices, rendre une photo techniquement parfaite, rajouter des couleurs, contrôler la situation mais si la photo capturée ne raconte pas d’histoire, elle n’atteindra pas la personne qui regarde la photo et pour moi c’est le plus important.


Tu as eu l’occasion de prendre des photos dans différentes villes. Laquelle fut la plus agréable en tant que photographe ?


J’ai plusieurs réponses. La ville préférée reste toujours la première, Bogota. C’est celle où j’ai appris. C’est une ville où la vie est tellement différente de ce que j’ai tout ce que j’ai vécu. J’adore aussi Londres car c’est une ville magnifique et multiculturelle. Au même titre que Gibraltar, où j’ai grandi d’ailleurs. Prendre des photos là-bas, avec la pierre, la culture et le tourisme est un véritable plaisir. Leicester est aussi une ville que j’adore et où je passe beaucoup de temps. Mais la ville dans laquelle je prends le plus de plaisir c’est toujours la prochaine, la prochaine destination, la prochaine aventure et c’est un rêve de pouvoir faire ça.

À quel moment sais-tu que tu tiens la bonne image ?


C’est une combinaison de deux aspects : l’aspect technique et l’aspect artistique. Pour le moment j’utilise beaucoup l’argentique pour prendre des photos, ce qui fait que je n’ai pas accès à ma photo instantanément. Je dois aller développer la pellicule et je la reçois plus tard. Ça peut prendre plusieurs jours voire plusieurs semaines. Donc pour l’aspect artistique, je sais que j’ai trouvé le bon moment quand je vois ma photo et qu’elle me touche. Quand je suis satisfait.


Aurais-tu une anecdote de photographe à nous raconter ?


Mon souvenir le plus marquant, c’est à Bogota lors d’un événement organisé par le maire. On pouvait photographier ce qu’on voulait pendant deux jours. Je sors donc avec un ami de l’université. En marchant, on croise deux policiers avec leur uniforme jaune fluo qui se garent entre des flaques d’eau. Les reflets étaient très intéressants et je prends une photo. Les policiers viennent alors vers nous et nous accusent d’avoir pris des photos illégalement. L’un d’eux me demande mes papiers et je lui montre ma carte d’identité de Gibraltar. Il comprend que je suis européen, me menace d’une lourde amende et appelle l’immigration pour me renvoyer chez moi. Après une longue discussion, et aidé par mon ami étudiant en Droit, ils décident de me laisser repartir. Finalement, la photo était désastreuse et je ne l’ai jamais montrée.



Policiers colombiens - https://www.instagram.com/p/BpFliiCHFvE/


Y a-t-il une de tes photos qui te tienne particulièrement à coeur ?


Une photo qui me tient particulièrement à cœur est celle du moine entre les arches. C’est celle que je préfère. J’étais en voyage à Chypre avec ma famille et durant notre visite, on se retrouve dans un monastère assez bizarre. Il se trouve en bord de mer et les eaux sont turquoises. Soudain, je vois cet homme à travers la porte et je lui demande si je peux prendre une photo. Il me regarde de loin et me dit oui. J’avais deux appareils, l’argentique et le numérique. J’ai pris rapidement une photo avec l’argentique avant de le tendre à ma sœur. Ensuite, j’ai capturé une tonne de clichés avec mon numérique mais déception, aucune n'était bonne. Par contre, celle de l’argentique développée plus tard était magnifique. J’aime cette photo pour l’architecture de ces arcs qui se replient sur la tête du personnage et aussi pour le fait que c’était ma première pellicule d’argentique.


Moine chypriote - https://www.instagram.com/p/B7tCK05F8Ql/


Un mot pour clôturer ?

La photo est pour moi une sorte de discipline, c’est ce qui me permet de continuer à me développer d’un point de vue créatif. Il faut toujours continuer de mener des projets comme ça. Et puis merci à toi et à l’UEJB pour l’interview, ce fut un vrai plaisir.



"Rechercher le mouvement dans l'urbain" - https://www.instagram.com/p/CAvQgrzFmuG/

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